L’Art Brut ou l’Art des fous.

L’origine de l’art Brut provient tout d’abord des travaux faits par le docteur Hans Prinzhorm sur « l’art des fous » en 1920. Mais ce n’est qu’en 1945, que Jean Dubuffet, peintre français, inventera ce terme, et regroupe « les ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique » notamment celui des fous. A l’époque, l’art brut est presque uniquement vu comme l’art des fous.

Autoportrait II Jean Dubuffet

Autoportrait II
Jean Dubuffet

Mais Jean Dubuffet n’était pas un artiste appartenant au mouvement de l’art brut, il était moderne ayant une culture artistique.

Nous même, enfants, avons déjà inventés certains motifs arbitrairement, sans être influencés. Certains en grandissant gardent cet esprit créateur, sans approche pratique .

Le mot « Brut » évoque le naturel, la simplicité mais aussi le manque de culture, d’éducation. Dubuffet dira dans Art brut préféré aux arts culturels (1949)

Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme […] ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phrases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions.

S’étant tout d’abord penché sur la simplicité et la liberté des dessins d’enfant au début des années 40, Dubuffet relève que l’art des fous et des malades mentaux combinent ces caractéristiques avec l’expérience du vécu, pour aboutir à quelque chose de plus sophistiqué et viscéral.

St Alban le lieu de la pulsion créatrice

st-alb

Hôpital psychiatrique de Saint-Alban

Saint Alban, un hôpital psychiatrique qui se voit moderne grâce à un médecin qui décide d’humaniser les malades et la façon de les soigner. Il découvrira alors l’art Brut , mais qui pour l’époque reste celui des « aliénés » .

En 1914 le médecin, avant-gardiste qui traitait les malades avec beaucoup d’humanité ( ce qui était pour l’époque très peu répandu), Maxime Dubuisson découvre Auguste Forestier qui est reconnu comme un emblème de l’Art Brut en France. Maxime Dubuisson est considéré comme un précurseur, mais il y aura aussi d’autres aliénés comme Aimable Jayet, Marguerite Sirvins ou encore Clément Fraisse.

Forester La bête du Gevaudan


La bête du Gevaudan, de Forester

Puis au fur est à mesure, les œuvres se propagent et arrivent au milieux artistiques parisiens grâce aux nombreux passages des patients. Un intérêt émerge peu à peu pour cette forme d’art qui n’en était pas encore considérée comme une.

Même Paul Eluard s’y intéressera et écrira un poème sur un cimetière de l’hôpital psychiatrique de Saint Alban afin rappeler que jusque dans les années 1950, l’absence de traitement efficace de cette folie rendait l’internement interminable et douloureux.

« Le cimetière des fous »

Ce cimetière enfanté par la lune
Entre deux vagues de ciel noir
Ce cimetière archipel de mémoire
Vit de vents fous et d’esprit en ruine

Trois cents tombeaux réglés de terre nue
Pour trois cents morts masqués de terre
Des croix sans nom corps du mystère
La terre éteinte et l’homme disparu

Les inconnus sont sortis de prison
Coiffés d’absence et déchaussés

N’ayant plus rien à espérer
Les inconnus sont morts dans la prison
Leur cimetière est un lieu sans raison

Paul Eluard (Asile de Saint-Alban, 1943-La Lit la table, 1944)

Notre regard actuel

L’artiste Brut est aujourd’hui encore une personne isolée, hors du monde culturel, comme un gage de « pureté », il ne suit donc pas la mode, et n’est pas prisonnier des règles des beaux arts. Il a son propre univers qu’il fait et défait au gré de ses envies. Il n’est pourtant plus considéré comme l’Art des fous. Mais un art libre sans contraintes comme la première interprétation de Dubuffet.

Cependant, c’est un art très peu connu encore aujourd’hui comme peut en témoigner ce sondage :

Sondage

Sondage en ligne : https://www.sondageonline.com/?url=survey_det&uid=298128

Mais notre regard sur la folie aussi a évolué ; le « fou » a aujourd’hui droit a plus de considération, sa folie porte un nom et il n’est plus déshumanisé comme il pouvait l’être autrefois. Malgré tout, il reste cependant un personnage à part de la société et sa folie et son éloignement lui confère un grand pouvoir artistique.

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